Le titre de ce billet n'est rien d'autre que la mention que propose un projet de loi soumis le 15 septembre dernier par la député UMP Valérie Boyer afin de modifier le Code de Santé Publique.
“[…] la députée UMP Valérie Boyer remet en débat la distinction entre image et réalité. Pour lutter contre l'anorexie, qui, selon elle, est favorisée par les images de femmes filiformes relayées dans la pub et la presse magazine, elle propose d'inscrire la mention « Photographie retouchée afin de modifier l'apparence corporelle d'une personne » sur toutes les photos modifiées. Une première.“
(Source : Rue89)
Document officiel : http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion1908.asp
Lutter contre l'anorexie est en soi une idée excellente et l'on comprend aisément qu'elle vise les encarts publicitaires présents dans un grand nombre de magazines de la presse féminine.
Par contre, on peut s'interroger sur les extensions/interprétations possibles qui pourront être issues de cette loi si toutefois elle est votée.
Au delà de la représentation du corps féminin dénué de toute rondeur (dont il faudra préciser l'éloignement par rapport à la réalité - l'objet du projet de loi), que penser de la présence de rides, de bourrelets jugés disgracieux, de signe de vieillissement qui eux aussi engendrent des effets pervers que l'on connait dans le domaine de la chirurgie esthétique et de ses excès ?
Outres les conséquences négatives que peut entrainer une certaine “déformation” de la réalité (telle que l'ancrage culturel d'une certaine image du corps de la femme), conséquences négatives qui doivent être indubitablement combattues, n'existe-t-il pas une catégorie de “déformations” que l'on pourrait qualifier de positives, en ce sens qu'elles embellissent, amplifient, magnifient, exaltent, rehaussent, … une réalité donnée avec comme seule finalité de nous procurer de l'émotion - une pure émotion, une émotion artistique, du plaisir ?
La loi est aveugle et ne saura en aucun cas discerner le positif du négatif.
En combattant, à juste titre, le négatif, ne perdrons-nous pas, de facto, le positif ?
Il est vrai que l'idée n'est pas d'interdire l'interprétation de la réalité, mais seulement de signaler au spectateur que ce n'est pas la réalité. C'est bien.
Mais rien qu'en apposant cette mention, une part de rêve s'envole et laisse à ce spectateur un arrière-goût amer de tromperie qui lui fera prendre une certaine distance avec son émotion initiale. C'est dommage : l'émotion plaisir est une chose qui a tendance à disparaitre, de nos jours…
Au fait ! Faire un portrait avec une focale de 30mm ou une focale de 100mm introduit une déformation qui “modifie l'apparence corporelle d'une personne” dans la mesure où le grand angle a justement tendance à “arrondir les angles”. Devons-nous donc apposer la mention lorsque l'on utilise une courte focale ?
À suivre… ou plutôt, à voir…
Note : une amende 37 500€ est prévue pour le contrevenant - probablement l'éditeur du magazine.
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